2 août 2021
Écologie. Ce que les hommes

Écologie. Ce que les hommes fabriquent pèse plus lourd que le vivant

L’année 2020 est celle d’une bascule alarmante, selon l’étude de l’Institut Weizmann pour la science : le poids de nos bâtiments, de nos routes et de nos bouteilles de soda dépasse celui du monde végétal et animal.

Décidément, 2020 alignera tous les superlatifs. Elle restera aussi l’année où le poids de ce que l’homme fabrique, dépasse celui de l’ensemble du vivant sur Terre, selon une étude pilotée par l’Institut Weizmann pour la science, basé en Israël. Décryptage…

Que dit cette étude ?

Les scientifiques de l’équipe de l’Israélien Ron Milo ont  pesé  la masse anthropique, c’est-à-dire le poids de tout ce que l’homme a fabriqué – de la bouteille plastique à l’autoroute – et de l’autre, la masse du vivant sur Terre : du minuscule virus aux mammifères (dont les 7,6 milliards d’humains) en passant par les insectes et les arbres…

De quel côté la balance a-t-elle penché ?  Du côté des choses créées par l’homme. Et la bascule a eu lieu cette année, en 2020 , atteste Benoit de Pins, Breton en post-doctorat à l’institut Weizmann. Ce tournant montre  la force dominante qu’est devenue l’humanité, dans sa façon de modifier le monde naturel , analyse Ron Milo, qui a publié ces résultats dans la revue Nature (ici, en lien).

Comment pèse-t-on l’ensemble des espèces vivantes ?

Le poids du vivant reste stable, autour de 1,1 tératonne (mille milliards de tonnes). Un poids logiquement dominé par les arbres et arbustes, qui en assure 900 gigatonnes. Ron Milo et son équipe se sont spécialisés dans l’analyse de données. Ils cherchent à quantifier l’empreinte humaine sur une planète où les ressources sont finies et la vie, fragile. Ils ont déjà publié une étude très commentée en 2018, sur le nombre d’oiseaux : 70 % sont des poulets d’élevage. L’ensemble des espèces sauvages ? À peine 30 % !

Cette quantification du vivant ne date pas d’aujourd’hui. Les scientifiques connaissent le poids du monde végétal, depuis le début du XXe siècle.  Ils procédaient par estimation des parcelles, en fonction de plusieurs paramètres : température, taux d’humidité, types de sol, etc. Et extrapolaient pour les autres endroits , détaille Benoit de Pins. Et ces études de terrain donnaient des résultats assez proches des observations modernes, par satellite.

Aujourd’hui, la marge d’incertitudes sur le poids du vivant avancé par Milo et son équipe est estimée à 16 %. Avant les outils satellitaires c’était 29 %…

Qu’est-ce qui pèse le plus lourd ?

Le poids de ce qui est fabriqué par les hommes est plus facile à quantifier. Il suffit d’éplucher les statistiques des secteurs industriels à l’échelle mondiale. C’est l’une des spécialités de l’Institut d’écologie sociale de l’Université Boku de Vienne, et plus particulièrement du chercheur Fridolin Krausmann.

Le secteur le plus gourmand en ressources est la construction. Pour se loger, pour circuler,  les hommes prélèvent des quantités astronomiques de roches, sous forme de gravier, ou de sable. Il en faut pour fabriquer le béton pour nos bâtiments et l’asphalte de nos routes, et aussi pour terrasser les fondations , détaille-t-il.

La France consomme, à elle seule, 383 millions de tonnes de sable par an. Or il faut des dizaines, voire des centaines de milliers d’années pour qu’une roche se réduise à un grain de sable. Le plastique paraît léger ? Il l’est. Mais les industriels en produisent en quantité telle qu’il pèse actuellement deux fois plus lourd que l’ensemble des animaux sur Terre.

Que nous raconte cette bascule ?

La comparaison, même avec une marge d’incertitude de 16 % sur le poids du vivant sur Terre, est édifiante. La masse anthropique, qui ne constituait que 3 % en 1900, double désormais tous les vingt ans. Une courbe exponentielle. La biomasse, elle, reste stable… surtout du fait de la progression de l’élevage et de la sylviculture. Encore la main de l’homme.

Source : Ouest-France